Le Gers par Nature

Ce fut une année où nous ne pouvions voyager qu’en France. Certains y voyaient une contrainte, nous une opportunité. Celle de redécouvrir notre territoire en sachant bien que les frontières rouvriraient un jour. En plus, nous n’avions pas la force de partir très loin et souhaitions éviter la foule estivale. N’oublions pas que la France est le premier pays touristique au monde ! Faute à qui ? Aux français bien sûr, car nous sommes les premiers à découvrir nos belles régions. 

Alors nous avons ouvert une carte, repéré les limites de notre département et sommes tombés sur le Gers. Si je fouille bien dans ma mémoire, j’ai dû y passer un jour pour visiter le vignoble de Madiran ou descendre dans les Pyrénées. Mais pour tout vous dire, je n’en avais aucun souvenir. Et pour cause, ce département rural est à l’écart de tous les grands axes touristiques, aucune métropole urbaine, aucune autoroute, pas de ligne à grande vitesse ni d’aéroport international, seulement 32 habitants au kilomètre carré ! Pour nous, ça sonnait comme une promesse de vacances bucoliques en pleine nature avec nos amis Claire & Jérémie de Soundwaveontheroad

En fait, elles ont été beaucoup plus actives qu’on ne l’aurait imaginé. Rendez-vous est donné au monastère de Saint-Mont, devenu un hôtel-restaurant plutôt chic. Je découvre en même temps les vins de ce vignoble que je ne connais pas du tout. Heureux de retrouver nos amis, nous partageons un déjeuner convivial dans la cour du domaine. Notre itinéraire débute par la visite de la Palmeraie du Sarthou à Bétous, sous un soleil de plomb. Un jardin exotique créer par deux amateurs passionnés. 

Je dis amateurs, mais ce n’est aucunement péjoratif. Au contraire, ils furent les premiers à cultiver des palmiers dans la région et sont devenus de vrais professionnels de l’acclimatation. Ne voulant pas quitter la région comme tous leurs camarades qui partaient à Paris, ils achetèrent une petite maison à rénover avec un grand jardin. Depuis longtemps, on plante des palmiers devant les belles demeures. Autrefois, c’était un signe extérieur de richesse mais aujourd’hui, c’est plutôt pour leur aspect exotique. N’ayant pas les moyens d’en acheter, ils eurent l’idée de récupérer des graines et de les jeter dans le jardin. À l’heure grande surprise, cela fonctionna et plein de palmiers se mirent à pousser. 

Ils en firent une pépinière et gagneront même le concours général agricole d’horticulture avec ce projet. Plus tard, ils ont décidé de le transformer en jardin d’agrément en plantant d’autres espèces exotiques comme les bambous, les nénuphars et quelques cactus. Il y a aussi des tortues, des orchidées, une collection de lilas des Indes et quelques œuvres d’art qui nous font voyager, comme des masques africains. L’endroit est propice aux pique-niques, aux petits concerts en plein air et il y a même une buvette pour siroter un jus de fruits.


Une nuit en cabane vigneronne

Nous reprenons la route et sommes rapidement saisis par la beauté de cette campagne, vallonnée à souhait avec des champs de toutes le couleurs : des tournesols, des pâturages, des forêts et des bocages. Van Gogh n’aurait pas renié un tel paysage pour ces tableaux. Au milieu de ce décor champêtre, nous découvrons la Cabane de Moncaou qui sera notre refuge pour la nuit. Construite par une famille vigneronne, elle domine magnifiquement le paysage tout en étant bien à l’abri sous un bosquet d’arbres. Tout est prêt pour une soirée de rêve, de l’apéritif au barbecue. Franchement, je vous recommande vivement cette cabane pour un weekend entre copains. On y aurait bien passé 4 jours. 

Le lendemain nous nous levons à 4h du matin. Nous avons prévu de voir le lever de soleil en canoë-kayak sur l’Adour. L’un des fleuves les plus méconnus, mais aussi des plus sauvages de France. Deux guides naturalistes et un moniteur nous attendent à la Maison de l’eau de Jû-Belloc. Dans cette partie du Gers, le lit de l’Adour change régulièrement au fil des crues, ce qui créer de nombreux méandres et bras d’eau favorables aux espèces aquatiques. Objectif du jour, observer des tortues et en apprendre plus sur la gestion des cours d’eau en France. 


Réveil au fil de l’eau

On est tellement content de profiter de la fraîcheur du matin alors que la journée s’annonce encore caniculaire. Le ciel se teinte de rouge et d’orangé. Le soleil atteint ensuite la cime des arbres tandis que l’eau est toujours d’un noir profond. S’il n’y avait pas quelques ouvrages sur le fleuve, on pourrait tout à fait se croire en terre sauvage. Nos guides nous expliquent l’impact des ponts, des barrages et des pentes d’eau, notamment sur le déplacement des animaux et l’érosion des berges. Il faut toujours penser que le moindre bloc de béton impact la rive en aval. Un vrai casse-tête pour concilier présence humaine, préservation du milieu et déplacement des animaux. Un barrage constitue un obstacle pour les poissons et empêche l’écoulement naturel des alluvions …

Heureusement, les agences de l’eau ont conscience de ces impacts et tentent de trouver des solutions. Mais il est important que le grand public s’en souci pour que les aménagements soient faits et l’environnement pris en compte dans chaque nouveau projet.

Certains poissons migrateurs ont besoin de remonter les rivières pour se reproduire, c’est le cas du saumon, de l’alose, de la lamproie ou de l’anguille. 

Après cette balade aquatique, on pose pied à terre pour découvrir les berges. Laurent travaille pour Nature Occitanie, une association qui gère de nombreux sites naturels dans la région et réalise souvent des inventaires de biodiversité. C’est un passionné des reptiles et en particulier des serpents. Sur le chemin, il soulève des tapis sous lesquels ils viennent habituellement se réchauffer. À chaque fois je reste 6 mètres en arrière, curieux, mais terrorisé. Mais il fait déjà tellement chaud que ce jour-là, il n’y en a pas. Je suis à la fois soulagé et déçu. Je vaincrais ma peur une autre fois. 

Finalement, on va se concentrer sur les tortues. Nous les trouvons cacher dans une mare dans le sous-bois, bien au frais sous ces températures. Il y a des tortues cistudes européennes, mais aussi des tortues de Floride. Elles sont considérées comme une espèce invasive, mais nos guides nous expliquent qu’ici, elles cohabitent plutôt bien avec les tortues indigènes. Il y a suffisamment de nourriture et de postes de chauffe (branches de bois ensoleillées au bord de l’eau) pour qu’elles ne se concurrencent pas. Mais si tel était le cas, la tortue de Floride étant plus grosse pourrait déloger la cistude, dans un milieu moins favorable.

On peut reconnaître la cistude à ses petits points jaunes sur la peau tandis que celle de Floride a des rayures et des stries.

Une sieste avec les abeilles

Nous revenons à la maison de l’eau, pas peu fiers d’avoir observé ces petits êtres aquatiques. Mais le programme de l’après-midi est consacré à un animal encore plus petit … l’abeille. Après un bon pique-nique, nous enfilons (à contrecœur) nos combinaisons, par une température avoisinant les 35 degrés. Notre guide Augustin nous emmène progressivement vers les ruches, d’un pas léger et chuchotant. Il nous invite à nous allonger devant, bercer pas le bourdonnement des insectes et il nous recouvre les jambes (non protégées) d’une couverture. En arrivant ainsi tout doucement, elles n’ont pas l’air d’être dérangées. Nous les voyons revenir avec du pollen, protéger l’entrée (des frelons asiatiques notamment) et aérer la ruche. Nous décidons de ne pas regarder à l’intérieur pour ne pas les perturber par ces fortes chaleurs. Cela aurait clairement mis en danger la colonie et elles auraient perdu une journée de production de miel, à récupérer.  

Nous finissons notre visite de la Maison de l’eau par une promenade dans le jardin Artpiculture. On marche pieds nus, en silence, on sent les fleurs et on identifie, les différents pollinisateurs. Augustin reprend la parole et nous donne quelques explications finales. Toute cette journée nous aurons été attentifs aux petits animaux de cet écosystème. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous avons été émerveillés. Ne reste plus qu’à finir la journée par une baignade dans le fleuve.

Cela nous amène à considérer notre place dans l’univers et justement ce soir, nous dormons à la Ferme des étoiles.* Des passionnés d’astronomie ont installé dans leur jardin des bulles transparentes et propose durant la période estivale, des soirées d’observation et stage d’astronomie à l’aide d’un beau télescope de 620mm et de la plus grande paire de jumelles au monde ! Il faut dire que le ciel est particulièrement sombre dans ce secteur loin de toute agglomération. Nous observerons de belles planètes et étoiles jusque tard dans la nuit, nous laissant pour le moins rêveurs. 

Le lendemain matin, nous partons visiter la Ferme du Hitton, qui produit des cosmétiques à base de lait d’ânesse et d’huiles essentielles. En agriculture biologique et labélisé Nature & Progrès, nous avons découvert un élevage où les poules gasconnes montent sur les ânes, les enfants jouent avec les lapins en liberté et où les champs sentent bon les plantes médicinales. Preuve qu’on peut tout à fait être agriculteur et vivre en harmonie avec la Nature. 

Le Gers n’a peut être pas de grands sites touristiques mondialement célèbres, mais il regorge de pépites. Il faut y regarder de plus près, pour découvrir ses villages pittoresques, trouver des coins de nature sauvage et rencontrer ses fameux habitants. 


Carnets d’adresses et liens utiles : 

Dans l’ordre de visite >

Monastère de Saint-Mont

Palmeraie du Sartou

Cabane de Moncaou 

Maison de l’eau de Jû-Belloc 

Domaine Escapa

Ferme des étoiles
*L’établissement est cours de restructuration. Il n’accueillera pas de public en 2022 afin de réfléchir à leur nouvelle orientation. Ce sera pour eux une année de transition.

Ferme du Hitton 

Voyage réalisé sur invitation du comité départemental du tourisme du Gers
Partenariat non rémunéré. Ce récit reflète notre avis sincère et subjectif. Il n’y a aucun lien affilié dans notre article. 

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Vincent

Travel Blogger

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